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Vander Linden Albert - La Chanson des Ailes (1933) (édition originale)

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Vander Linden Albert - La Chanson des Ailes (1933) (édition originale)

Publié en 1933 aux Éditions de la Revue EVASION à Louvain, La Chanson des Ailes est un recueil de poèmes signé par Albert Vander Linden, illustré par Flip Vanhove et présenté par une lettre-préface de José Gers. Ce livre, dédié à une série d’amis dont des figures littéraires et aéronautiques comme Maurice Carême ou Willy Coppens, s’inscrit dans une démarche poétique novatrice qui célèbre l’aviation naissante comme une source d’inspiration lyrique et métaphorique. À une époque où l’avion, encore récent, fascine et terrifie à la fois, Vander Linden en fait le symbole d’une modernité audacieuse, mêlant rêve, technique et émotion.

La lettre de José Gers, écrite depuis Ghardaïa, en plein désert saharien, donne une dimension universelle à l’ouvrage. Gers y décrit l’avion comme un Pégase moderne, un « beau monstre métallique » dont le « fuselage ailé, ivre de ses haubans vermeils, a rapetissé le temps, humilié l’antique notion de l’infini ». Pour lui, le poète, en chantant l’aviation, joue « au jeu passionnant d’Icare », cherchant dans « les flancs vertigineux du ciel escaladé » une nouvelle source d’inspiration, une « fontaine d’Hippocrène » moderne. Gers souligne la musicalité des poèmes de Vander Linden, dont le rythme semble « procéder d’un battement ronronnant de moteur », tantôt « lacér[ant] l’air », tantôt « doux comme le frou-frou d’une mouette ». Il évoque aussi l’universalité des images du recueil, capables de résonner avec des paysages aussi variés que le désert ou la Flandre, où « la terre [a] sa rougeole de toits sur des champs verts et bruns ».

Les poèmes eux-mêmes explorent l’avion sous toutes ses facettes, tantôt comme une machine bruyante et puissante, tantôt comme un rêve de liberté. Dans « L’Avion », le poète décrit l’apparition d’un appareil dans le ciel, « un oiseau de métal / qui râpe les nuées, / et crache son râle », tandis que les spectateurs, « anxieux / ou curieux », lèvent les yeux vers lui. Le bruit du moteur, « monotone / et bourdonnant / de psalmodie », devient une métaphore du progrès technique, mais aussi de l’intrusion de la modernité dans le quotidien. « Bruxelles-Londres » évoque le courrier de nuit, « double étoile verte et rouge », qui « fuit, fusant comme l’idée, / dans la torpeur, / sans bruit », transformant l’avion en un symbole de connexion entre les hommes et les nations.

Une mélancolie profonde traverse également le recueil. Dans « Ne partez pas », Vander Linden supplie les avions de ne pas s’envoler, car « aux confins de la terre, / le vent [les] guette / en glapissant / sa mélopée / rude et amère ». L’avion, bien que porteur de rêve, est aussi associé à la mort, comme dans « Pourquoi ? », où le poète s’interroge : « Pourquoi les beaux avions / d’argent / aux ailes bleues, / qui caressent l’air / tout doucement ; / […] / savent-ils grincer / cyniquement / la mort ? ». Cette dualité entre fascination et crainte est au cœur de l’œuvre, reflétant les ambivalences de l’époque face à l’aviation, entre progrès et danger.

Le style de Vander Linden se caractérise par une langue à la fois précise et onirique. Ses vers, souvent courts et rythmés, imitent parfois le battement des moteurs ou le souffle du vent dans les haubans, comme dans « Partir » : « Partir ! / Voler très haut, très haut… / Se cacher dans le bruit / du moteur rauque… ». Les images sont fortes et contrastées : l’avion est tour à tour « une masse de vie latente / et mécanique » (« Départ »), « un ex-voto de progrès, / lancinant de lumière » (« Nocturne »), ou encore « un lourd avion blanc / planté dans son mutisme » (« Calme »). Le poète joue avec les sons (« le cri assourdi / de son ennui / paraît / doux comme le frou-frou / d’une mouette ») et les couleurs (« aux ailes bleues »), créant une atmosphère à la fois réaliste et poétique.

La Chanson des Ailes s’inscrit dans un contexte historique marqué par l’essor de l’aviation dans les années 1930, une période où l’homme commence à défier les limites du ciel. Vander Linden, en chantant l’avion, ne se contente pas de décrire une machine : il en fait un objet de contemplation poétique, un moyen d’évasion vers l’infini, mais aussi un miroir des peurs et des espoirs humains. Le recueil, réimprimé à 700 exemplaires au printemps 1933, témoigne de l’engouement de l’époque pour cette nouvelle conquête, tout en rappelant, par sa mélancolie, que chaque progrès a son prix.

32 pages – en français – noir et blanc – format A5 – excellent état